jeudi 17 septembre 2009

Le carnaval de blaireaux


Si j'ai élu domicile à une terrasse de café, ce n'est pas par admiration secrète pour ce barman aussi moustachu qu'arrogant comme la virginité d'une vieille fille de soixante dix ans mais par pure stratégie.

En effet, à la différence du métro aux heures de pointe ou de la télévision aux heures de grande écoute qui nous offrent en spectacle tout le pathétique des pulsions humaines les plus viles, les terrasses de café deviennent des carrés VIP pour l'immense défilé sauvage, tenant plus du joyeux bordel que d'une véritable démarche artistique et vestimentaire, du moins en France, que sont les passants.

Habitant Paris, je n'en suis que plus exigeant avec ses habitants car, au contraire de la province, (je le dis sans mépris aucun ni même de quelque sous-entendu facile et téléphoné que ce soit), ils sont censés, sans pour autant la suivre ni même la cautionner, ne pas ignorer la loi: Paris est une capitale de la mode!
Vérité de magazine si l'on en juge par ces mariages vestimentaires contre nature qui grouillent des bouches de métro aux halls d'immeubles!

Soyons cependant très clairs sur un point: lorsque je parle de "mode", je ne fais jamais allusion de près ou de loin, ni même en rêve à ce délire collectif qui consiste à porter à un instant "T" une tenue donnée!
A vrai dire, puisque nous abordons le sujet, je reste perplexe quant aux mystères et paradoxes de l'esprit humain lorsque, pour être original, ou du moins en avoir l'illusion, il se plie aux goûts de la majorité!

Vaste et passionnant sujet que le rôle social du vêtement auquel je consacrerai, bien entendu, plusieurs articles dans les prochaines pages, dès que mon esprit ne sera plus accaparé par ces horribles ballerines ou ces caleçons qui dépassent des jeans!

Cela étant dit, la mode doit être avant tout, un état d'esprit, une démarche authentique et personnelle, complètement affranchie du regard de l'autre.
En cela elle est un art à part entière mais comme l'art n'est pas que l'affaire d'un ou deux grands noms, il en va de même pour elle.
Chacun de nous, à notre mesure sommes des artistes en puissance ou au moins, une source d'inspiration pour ces chasseurs de tendances!
Rappelez vous qu'un style peut devenir une mode, jamais l'inverse!

Il y a pourtant une différence énorme entre le fait d'être bien habillé, d'être à la mode et d'avoir du style.
Etre bien habillé, c'est faire preuve de goût.
Etre à la mode, c'est faire partie d'un char de carnaval.
Avoir du style, c'est comme être en freelance chez les fonctionnaires!
N'importe quel russe vous le dira, pour les vêtements, il y a la Mastercard! Le reste n'a pas de prix!

Pour un oeil non averti, ce ne sont là que de futiles subtilités et autres bavardages de comptoirs gays.
Un homme élégant à forcément du style et si il a du style, il est forcément à la mode! Fin de discussion!

Ou mieux qu'à une terrasse de café peut on observer les dégâts de ce genre de pensée criminelle?!
Fort heureusement, nous ne sommes pas encore tous clonés, ce qui offre au moins l'avantage de ne pas avoir cette curieuse sensation de voir passer dix fois de suite la même personne entre deux gorgées de ce café dégueulasse qui me permet malgré tout, de critiquer mes contemporains à moindres frais.

A Londres, New-York, Tokyo ou Milan, toutes les terrasses de café se suivent et se ressemblent, mis à part la qualité du café qui passe de pisse à nectar sans aucune transition, mais le spectacle de rue, (notez au passage que je n'ai pas employé le terme de "joyeux bordel"), y est plus intense, plus convaincant, comme si acteurs et figurants étaient aussi concernés qu'impliqués par l'achèvement de cette immense mosaïque.
Quel plaisir de flâner à Rome, d'être encore surpris ou choqué, à presque quarante ans, à Tokyo mais quelle torture d'être assis à une terrasse de café à Paris!

Paris est comme Orange: publicités fabuleuses et agents qui se suicident!

Torture toute relative, et je me faisais un point d'honneur de clôre ce billet sur une note positive, si on la compare à celle de monsieur "Birkenstocks-chaussettes blanches-banane à la taille-short en jean fait maison par une épouse qui se prend pour une couturière". Plus de soixante ans après le débarquement, les allemands remettent ça en Algarve!
A bien y réfléchir, je tiens un bon concept de test pour magazines féminins: Niveau mode, vous êtes plutôt collabos ou résistants?

Je rentre, je ne veux pas être fusillé..

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