
Paris, un bus, une femme, (ça fait pas un peu trop Lelouche ?), tellement d’efforts pour contenir des larmes à mesure que ses yeux parcourent un message sur le téléphone.
Je regarde par la vitre et je me dis que Paris est une ville merveilleuse pour ceux qui s’aiment et si triste pour les autres, les largués, les célibataires forcés, les nouveaux abonnés à Meetic !
Je repense à ces journées interminables lorsque ma femme est partie. Je revois chaque geste, chaque sourire et chaque « je t’aime », gravés dans le bronze de ma mémoire comme autant de plaques commémoratives de notre amour glorieux.
Paris, c’était elle et s’est éteint sans ailes !
Comme toutes les belles villes du monde, Paris ne serait qu’une gigantesque usine à fric sans ces histoires d’amour !
Aujourd’hui, pour cette femme, comme ce fut le cas pour moi jadis, Paris ne doit plus être qu’une luxueuse villa toscane à l’abandon.
Alors que des larmes venaient brouiller mon regard, j’aperçu une boîte de lentilles entamée dans le sac de cette salope !
Dire que sa putain de période d’adaptation à ses nouvelles capotes oculaires a failli me ruiner la journée, en ressuscitant des morts, entassés dans un caveau comme des travailleurs clandestins !
Au moins, je ne me sens plus coupable de regarder les voitures à présent !
Je repense à cette Bentley Continental GT qui me rappelle étrangement ce genre de fille que l’ont peut suivre des heures durant mais dont le visage ne tient pas les promesses que les fesses ou les jambes nous ont faites et à cette Rolls Royce Phantom, symbole par excellence de la parfaite alliance entre modernité et tradition!
Car il faut bien se l’avouer, à force de designer, (le verbe, pas le métier), les voitures finissent comme des hommes à la mode : uniformes et sans identité !
En France plus qu’ailleurs où, seule la Peugeot 607 V6 semble désormais pouvoir prétendre au titre de « voiture », assez pour obtenir un poste d’ambassadrice en Moldavie mais trop faible pour l’Allemagne ou l’Angleterre !
La longueur du véhicule étant proportionnelle à l’âge et à la condition sociale du conducteur, nous pouvons aisément collecter des données démographiques lors d’une simple ballade touristique !
Attention toutefois aux fausses interprétations car, à ce stade de l’enquête, une donnée complémentaire est indispensable, voire capitale, pour tirer des conclusions fiables : la plaque d’immatriculation !
En effet, comme les filles de l’est, les voitures haut de gamme sont plus concentrées aux abords des établissements et boutiques de luxe qu’en banlieue !
De plus, étant pensées et conçues par des hommes, il n’est pas étonnant d’y trouver certaines de leurs caractéristiques : l’allemande est sportive et par conséquent robuste, l’anglaise est raffinée, l’espagnole arrogante, l’italienne bruyante, l’américaine égocentrique et démesurée et la française familiale, c’est à dire populaire, c’est à dire insignifiante, c’est à dire merdique !
Où sont donc passés la tôle, le cuir, la ronce de noyer et les noms évocateurs au milieu de cette marée de suppositoires en alliage, plastique et similicuir aux noms à la con comme Twingo, Kangoo ou Berlingo ?
Plutôt à pied qu’en Twingo !
La voiture a pour vocation de faire rêver et de refléter la personnalité de son propriétaire, (ou tout du moins de flatter l’idée qu’il s’en fait), notre société de consommation, (c’est à dire une société composée d’êtres devenus anonymes pour ne pas avoir eu les couilles de rester uniques), en a fait un objet utilitaire et désormais, la seule différence entre deux convois de bestiaux réside dans la couleur de la bâche, au grand bonheur des sacs Freitag !
Finies les Ferrari rouges qui compensaient la taille d’une bite, les Porsche qui donnaient ce côté si viril et autres grosses Mercedes rassurantes, si chères aux bons pères de famille, place désormais aux métros pour cinq personnes, la plupart du temps vides, mais aux émissions de CO2 moins importantes qu’un élevage de porcs bretons puisque, aujourd’hui, pour être vu, il faut être bio, c’est à dire capable d’acheter une tomate deux fois plus cher uniquement parce qu’elle a poussé deux fois plus lentement qu’en Espagne !

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