mercredi 4 novembre 2009

La Saint Valentin des morts


Si tout au long de l’année vous n’avez pas encore versé votre larmichette syndicale, (c’est à dire la larme minimum d’insertion sociale pour avoir des amis sur Facebook ou décrocher un rendez-vous sur Meetic avec un inconnu ému par votre sensibilité si féminine), parce que vous êtes une femme d’affaire surbookée et que la seule raison valable de gâcher votre Mascara Saint Laurent avec une production d’eau salée maison soit un ongle cassé, ou fils d’amateur de ceinturon, ou fils de paysan beauceron pour qui, les larmes sont des affaires de bonnes femmes, ou un chef d’entreprise, (ou chef tout court, c'est-à-dire à la tête d’une petite structure insignifiante et non reconnue par la Chambre du Commerce, allant de la famille de beauf à la bonne famille catholique, (notez au passage la subtile nuance entre « bonne famille catholique », (les cathos) et « grosse famille musulmane », (les arabes et les noirs), toutes deux étant pourtant, (du moins à première vue pour le fourre-tout que l’on a pris l’habitude de nommer « inconscient collectif » lorsque l’on n’a pas assez de couilles pour donner son avis personnel), synonymes de famille nombreuse. A mon grand étonnement, (feint bien entendu), la multiplication des petits pains chez les bonnes familles catholiques, et ce, à la grande différence des « méchants maures venus pour manger le pain des français», serait motivée par l’amour du Christ et non par la manne financière qui tombe tous les mois du camion de l’Etat, recyclant ainsi le catholicisme en meilleure arme contre l’hypocrisie après l’avoir usé contre le SIDA), et bien dites vous bien qu’aujourd’hui, Dimanche 1er Novembre, jour de la Toussaint, c’est jour de fête pour vos glandes lacrymales, open bar et tutti quanti !

La mauvaise nouvelle, c’est que pour pleurer, il vous faut un mort, un vrai, pas question d’évoquer votre licenciement, ni la merde financière dans laquelle il vous a plongé(e), encore moins de son lot d’insomnies, d’épisodes dépressifs ou d’idées suicidaires et surtout pas de Rodrigo, votre ex-latin lover, prêt à tout, pendant son heure de gloire, y compris vous parler de mariage et d’enfants, pour boucher les trous de son emploi du temps sexuel avec les vôtres, faute de quoi, vous allez vous taper les pires conneries que l’on puisse entendre de la part d’une épaule polie, noyée sous un chagrin dont elle n’a rien à foutre et qui, de toute façon, ne soutient pas la comparaison avec sa facture de gaz ou de mobile, comme « un de perdu, dix de retrouvés », « plaie d’argent n’est pas mortelle » et autres pirouettes verbales de courtoisie.

Par conséquent, si vous n’êtes pas issu(e)s d’une famille normale, c'est-à-dire fournisseuse officielle de morts, tragiques ou naturels, (privilégiez les « tragiques » car les « naturels » sont, hélas, d’une banalité affligeante pendant la « fête de l’œil »), consolez vous avec un chanteur, un acteur ou le petit chien de votre enfance qui, bien que remuant la queue aussi vite que Rodrigo lorsqu’il vous voyait, aura été le seul compagnon mâle et fidèle de votre vie !

Malheureusement, la limite de cette manœuvre est que, bien que pleurant ce con de Rodrigo qui a laissé votre cœur dans le même état que les draps où il vous baisait de cinq à sept, on va vous tapoter gentiment sur l’épaule, (ce qui, à la longue, risque franchement de vous taper sur les nerfs ou de vous casser les couilles), pour vous réconforter de la perte de votre pauvre mémé, de Joe Dassin ou de Paf le chien et vous finirez peut être, à votre tour, par tapoter une épaule qui pleure une tante partie trop tôt et qui s’appelait Luigi !

Je sais, c’est absurde, c’est comme ces milliers de mères qui simulent un orgasme pour un collier de nouilles ou ces pères qui préfèreraient se taper la grippe porcine plutôt que d’aller au bureau avec une cravate Mickey mais peut être moins que la Saint Valentin, seul jour de l’année où l’on louera votre romantisme messieurs, (si toutefois on peut parler de romantisme, lorsqu’il ne s’agit en fait que de trimballer sa gourde, ou à défaut, celle du moment, avec la folle sensation illusoire de fierté et d’originalité, sur un parcours « sur-fléché » par les fleuristes et les restaurateurs, de faire la queue aux mêmes endroits que d’autres milliers de gourdes pour des menus et des bouquets que toutes les autres gourdes se taperont également, avant ou après vous et qui devront malgré tout, comme vous, une fois rentrées à la maison ou à l’hôtel se donner au conjoint, comme pour le remercier pour tant d’efforts déployés pour ne pas être original ), ainsi que la chance de vos « dames de cœur » ou « dames de cul », (qui font office de gourde au bureau tout le reste de l’année et qui, vu la taille de leurs culs et de leurs hanches, ne sont pas du tout assorties aux gaillards que vous êtes, du moins selon les collègues dont le seul ami sur Facebook est un vibromasseur, cela va sans dire), au lieu de se foutre de votre gueule, (du moins jusqu’au lendemain ou à un soir de beuverie, ou de match, ou les deux à la fois), et je ne parle même pas du 1er Mai, jour de fête pour la CGT et les « fleuristes » roumains.

Le pire, c’est que ces trois jours de merde sont célébrés comme la Sainte Trinité par les fleuristes qui, en plus d’avoir conçu ce terreau universel pour exploiter la misère (intellectuelle) humaine, ont réussi l’exploit d’assurer la moitié de leur chiffre d’affaire annuel !

Si il y a une heure pour naître et mourir, il ne devrait pas y en avoir une pour vivre et aimer alors dites le avec des fleurs : Mort aux fleuristes !

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