vendredi 6 novembre 2009

La petite gâterie



La déformation professionnelle la plus drôle et somme toute la plus impressionnante, est sans aucun doute celle qui fait des coiffeuses, de véritables machines de guerre en terme de phrases toutes faites, (ce que l’on appelle couramment, dans le jargon professionnel des langues de putes, les phrases de vieilles), qui ne servent à rien, si ce n’est à flatter l’intelligence et le discernement vacillants de leurs vieilles clientes et leur éviter ainsi, le temps d’une application de couleur violacée, (qui, pour moi, avec la présence omniprésente des sacs Darty dans tous les reportages sur les sans-papiers, reste un des grands mystères de la vie), ou d’un périlleux démêlage de bigoudis parmi les vestiges éparses d’une crinière jadis attirante comme un phare breton pour tous les hommes en mal de mère, de penser à la mort, sinon finie la coupe, finie la cliente, du moins en tant que cliente dans un premier temps et surtout finit le pourboire !
Pourtant, la phrase la plus con qu’il m’ait été donné d’entendre aujourd’hui, ne provient pas de ces horticultrices capillaires, qui vendraient père et mère pour un poste de dame-pipi chez Tony&Guy, mais d’une serveuse de café, qui, soit dit en passant, est la seule concurrence sérieuse face à cette armada d’embaumeuses :
« Les gens, (les parisiens), sont méchants et plus on est méchant avec eux, (les parisiens, toujours), plus ils nous aiment ! ».
Personnellement, je ne suis pas assez « espagnol » pour laisser des pourboires princiers à tout va, que ce soit pour impressionner une poule ou la serveuse, (si je suis en déplacement professionnel pour une série de conférences sur la crise financière des apiculteurs homosexuels andalous), et surtout pas lorsque le service a été aussi déplorable que certaines prestations musicales dans le métro, plus soucieuses de rentabilité que de créativité.
Pourtant, au cours de mes jeunes années, je jurais comme un retraité devant une merde de pigeon ou un jeune à vélo, contre tous les clients qui m’obligeaient à leur livrer une pizza par un temps de merde en se contentant de me remercier et de me plaindre pour le mauvais temps comme pour s’excuser d’avoir délibérément choisi de préserver leur imperméable Burberry, tout en étant conscient, malgré tout, de faire un métier pour lequel on me payait déjà !
De cette époque « je ne rends pas la monnaie sur les tickets restaurants », m’est restée cette pensée que le pourboire doit être, et surtout rester au service, ce que les applaudissements sont au spectacle : un encouragement, jamais un dû.
Si j’étais coiffeuse, je vous dirais forcément que tout travail mérite salaire et vous acquiesceriez d’un petit dodelinement de la tête, accompagné généralement d’un petit grognement approbateur et tout serait dit.
Nous deviserions alors sur la notion de mérite, sur un Père Noël qui se fout complètement de savoir si les petits enfants ont été sages puisque les cadeaux sont déjà achetés depuis trois mois et nous conclurions par le fait qu’il faut travailler plus pour gagner plus, que dans la vie rien n’est acquis et qu’à la différence des gâteaux, les compliments ne font pas grossir !
Vous rentreriez alors chez vous, fière et satisfaite de votre coupe « pré-mortuaire » et moi, j’aurais bien mérité mon pourboire !

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