vendredi 7 mai 2010


A force de fréquenter les terrasses de café pour rédiger mes articles, vous allez finir par vous demander si je n’ai pas des actions dans les cafés Richard ou si le figurant qui se fait appeler El Gringo par les commerciaux de Jacques Vabre, suant comme des porcs dans leur chemise en lin équitable, (alors qu’en réalité il doit avoir un prénom à la con d’éleveur de lamas, du genre Pablo, et toucher une pension d’invalidité qu’il dilapide au bistrot du coin et qui s’y connaît autant en café que moi en opium), n’est pas un lointain cousin décédé d’une infection urinaire mal soignée par le shaman du coin à qui je rend hommage fréquemment ou la figure du père que je n’ai jamais eu…

Toujours est il, que, pour moi, les garçons de café sont les derniers témoins d’une époque où « la France d’en bas » n’était pas encore une insulte et où Doisneau et Prévert y trouvaient une poésie là où d’autres n’y verront plus que des éponges à vin de table, friands de gourmettes en argent, de châtiments corporels et de voitures françaises.

Parmi tous, il est un qui m’a marqué. Il déambulait le dos droit et les bras écartés comme un culturiste, la tête baissée comme un boxeur et les cheveux plaqués comme un chanteur disco sur le retour, alors qu’il était taillé comme un poulet de batterie, avec cette arrogance du type qui a inventé le café ou qui s’imagine avoir une place vitale dans l’équilibre de la société de consommation au point de ne plus savoir comment gérer la pression due à son rang et d’en être complètement ravagé de tics nerveux et d’en avoir une peau aussi rugueuse et crevassée que le vagin d’une chèvre à légionnaires ayant été mal soignée par le sorcier local de garde, (l’autre étant très certainement parti s’acheter des cigares à Cuba), avec de l’huile d’olive ou des excréments de porc, pour avoir confondu vérole et acné.
Qu’ils aient une tête d’ovule ou un QI d’assiette jetable, qu’ils exercent dans un bar à putes, un PMU ou un carré VIP, ils ont tous en commun au moins une chose : l’éternel nœud papillon qui leur confère immanquablement cet air de survivants du Titanic !

Je dois vous avouer que je n’y avais jamais et n’y aurais sans doute jamais non plus prêté la moindre attention, (considérant qu’il ne s’agit là que d’un élément de la panoplie de serveur, à même titre que les varices ou le regard de dresseur d’ours caucasien), si une affiche de la campagne de Dolce&Gabbana ne l’avait rappelé à mon bon souvenir !

Aussitôt dit, aussitôt fait, je me plongeai dans Google, plus utile et surtout moins cher que ces encyclopédies vendues en porte à porte à des ménagères en surpoids ou en fin de droit par des « y’a pas besoin de faire HEC pour savoir vendre parce que le don, tu l’as ou tu l’as pas » capables de vous vendre une chemise Torrente avec la même grâce qu’un vendeur de chouchous ou de marrons grillés indien ou des étudiants prêts à tout pour se payer des vacances à Ibiza, pour en apprendre l’histoire, l’art et la manière de le nouer et bien sûr connaître les endroits où l’on peut en acheter et à quel prix !

« Le nœud papillon est obligatoire avec un smoking », « sa largeur ne doit pas excéder la distance entre les deux yeux », voici le genre de phrases, glanées ça et là, au hasard des errances de ma souris et des liens en surbrillance, véritables pourboires informatiques, qui en plus d’avoir le don de m’exaspérer, me donnent la désagréable impression que la plupart des sites incriminés, prétendument axés sur les tendances et regorgeant de conseils vestimentaires aussi pointus et radicaux que les designers de Conforama, sont tenus par des poules qui n’oseront jamais contredire Marie Claire !

Nonobstant la frilosité de ces conseils, proches d’une hypothermie intellectuelle qui ferait passer le réchauffement climatique pour une manifestation des maux de tête de la terre à force d’être piétinée par un tel ramassis de cons qui, à l’instar des tacticiens du sport, accessoirement piliers de bar PMU, pensent que tout n’est que question que de phrases bien senties, le nœud papillon pourrait très prochainement effectuer un retour en force et en grâce, comme la moustache en son temps, à condition de l’oser dans sa version authentique, c'est-à-dire à faire soi même et non pas acheté dans un magasin de farces et attrapes H&M, qui vous donnera un faux air d’avion à hélices et confirmerait la vision « audiardesque » à votre propos en affirmant que si les cons volaient, vous seriez chef d’escadrille !

Ajoutez-y une pile LR6, un moteur et un gicleur et vous aurez au moins l’élégance de faire rire les enfants en été !

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